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 [BG] Sarka

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MessageSujet: [BG] Sarka   Mer 10 Sep - 12:55

Souffle. Extrait 1. Pensée 1

Un jour, on m'a demandé si je pensais être quelqu'un de bien. Pas si je l'étais, non, mais si, au fond de moi, j'avais le sentiment de l'être. Quand on y pense, ce pourrait être une question intéressante, mais définitivement pas complète. Tant de lois, tant de règles, morale, physique, humaine. Ecrites, choisies il y a déjà bien des années, par des hommes puissants, des hommes loin de respecter leurs propres enseignements. Ne pas tuer, ne pas voler : on n'obtient aucun succès sans enfreindre un de c'est code. Les riches, les bourgeois, les grosses fortunes existent seulement car, un jour ou l'autre, les ancêtres, ou les aieux de ces derniers ont pillé les plus faibles, que ce soit en or ou en terres. Les nobles et les régnants, s'ils décident aujourd'hui, c'est bien car, par le passé, ils ont écrasé leurs ennemis dans des bains de sang. Dans le fracas d'une guerre, quelle importance, savoir qui porte un coup, qui tire une flèche ou une balle, abat une hache ou frappe d'un poignard? L'histoire est écrite par les vainqueurs. Il est facile de faire passer un mort pour un traitre. Personne pour contredire, personne pour contester, et si quelqu'un ose se lever pour protester, on peut toujours ressortir le couteau.

J'ai dit faible? Evidemment, je ne pensais ni à la veuve et l'orphelin. Il n'y a que les naïfs, les imbéciles, qui croient aux contes, aux chevaliers blancs qui jaillissent à l'aube pour les défendre, et disparaissent au soleil couchant. Le monde est divisé en deux catégories : ceux qui ont le cran de faire le nécessaire, de pousser la porte, d'appuyer sur la détente, et les autres, les faibles. Ceux qui subissent. Ceux qui craignent, qui se roulent dans un coin quand le moindre danger, la moindre menace se fait sentir. En général, ils ne vivent pas longtemps, si on peut considérer leurs types d'existence comme une vie. Il faut être une prédatrice, un loup ou un tigre, pour résister. Ne pas hésiter à déchiqueter ceux qui se dressent sur son passage, sur sa route, pour pouvoir vivre, réellement. Les broyer, les anéantir, les piétiner, leur cracher en plein visage, et surtout fuir quand le morceau est trop gros.

Pendant de longues années, je n'ai pas songé à vivre, mais seulement survivre. On ne peut pas vraiment dire que je suis née dans un endroit des plus recommandable. A l'époque, on a tenté de m'enfermer, de me faire taire, de m'imposer des règles qui n'étaient pas les miennes. Ce n'était pas assez, je résistais encore, bien trop à leurs goût. Je ne m'avouais pas vaincu, je tapais du pied et je refusais, je rejetais tout en bloc. Ils ne pouvaient pas me tailler, à la manière d'un morceau de bois, pour que je réponde à leurs attentes. Alors, on a tenté de me brisée, physiquement et mentalement. On m'a jeté là où personne ne peut ressortir. Et j'ai sombré, je l'avoue. Longuement. J'ai pu y voir, y sentir, l'horreur, tout ce que l'humanité, et sa prétendue générosité chaleureuse, pouvait bâtir, crée, pour détruire ceux qui étaient différents, qui n'étaient pas conforme à son mode de vision. J'y ai vu la folie, naitre et périr dans les flammes, revenant sans cesse agresser les esprits, les mettre à terre, les abattre, comme les flots déchainés déchirants les berges, les falaises et les corps qui s'y aventurent.

J'ignore si j'étais ainsi avant, ou si c'est ce monde pourri, qui sue la mort et l'odeur de cadavre dans ses fondations même qui m'a formé. Toujours est-il que je me suis reprise. J'ai repris pieds. Ce fut long, oui. Douloureux, aussi. Ce fut comme naître à nouveau. Ce monde, cette humanité, m'avait voulue différente. Il avait tenté de me faire changer, d'altérer mes buts, mes désirs. Crée un clone, encore un, mouton semblable au reste du troupeau. Dans un sens, ce fut vrai. J'ai changé, ou, du moins, cette expérience m'a réveillé. J'ai pris conscience de sa vraie face, et, à travers lui, de la mienne.

Si je pense être quelqu'un de bien? Selon les normes de la société, non, clairement pas. Par contre, selon les normes de ce monde...
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MessageSujet: Re: [BG] Sarka   Lun 20 Oct - 17:50

Le barillet tourne, dans un silence de plomb, parfaitement graissé. Les balles sont retirées une à une, laissant les six chambres vides de leurs objets de morts. C'est maintenant le premier qui est retiré. Doucement, dans un claquement, le canon est séparé de la carcasse. Parfaitement démonté, le pistolet attend, en pièces, que quelqu'un saura l'assembler. A nouveau, le canon est enfoncé dans son logement, se rattachant sans mal à la carcasse. A nouveau, le barillet est installé, et les balles sont enfoncées en silence dans celui-ci. A nouveau, le pistolet se referme, et on le fait rouler. Le barillet tourne, dans un silence de plomb, parfaitement graissé. Les balles sont retirées une à une, laissant les six chambres vides de leurs objets de morts...

La femme était assise sur le lit. Les jambes étendues devant elle, le dos contre le mur, elle fixait l'obscurité de ses yeux violet pâle. Pour la énième fois, elle démontait son arme, sans même y prêter attention. Le claquement que produisait le canon en se séparant de la carcasse brisait le silence. C'était un son qu'elle appréciait, plein de promesses, annonçant le danger et la mort. Il était pourtant bien différent du sifflement d'une dague qu'on aiguise. Elle ne pouvait le décrire précisément, mais elle reconnaissait la différence. L'un était furtif, comme les pas d'un loup en chasse. Il suivait, dans le vent, sa proie. Il attendait le moment propice, celui où elle serait fatiguée ou aurait chassé tout danger de son esprit, pour frapper. C'était parfois une traque longue et difficile. Tout pouvait basculer en un instant, et la faire échouer. Le vent qui change pouvait faire apparaitre au grand jour les prédateurs. Un coup de bois ou une ruade pouvait les repousser et les mettre à terre, de blessure dont ils ne se relèveraient pas. Les loups, chassant en meute, étaient dangereux. Pourtant, même pour eux, certaines proies étaient trop grosses, trop puissantes. Ils savaient qu'attaquer un troupeau de face mènerait à leurs pertes, tout comme ils étaient conscients que s'en prendre à un ours provoquerait inéluctablement leurs chutes. Le claquement du pistolet était différent. C'était le grondement d'un tigre, résonnant avec celui d'un ours. Le tigre n'avait besoin de personne pour chasser, ni le vent pour le couvrir, ni la nuit pour se faufiler. Il pouvait avancer en plein jour, les babines bavantes. Tout en lui respirait la mort. Ses griffes, semblable aux balles, provoquaient la mort dans la majorité des cas, que ce soit sur le coup ou suite aux blessures provoquées. S'en prendre à lui était une folie : même à terre, il pouvait encore tuer d'un geste, d'un mouvement de pattes, de crocs, d'une pression sur la détente. Pour  tuer un tigre, il fallait un tigre, ou un prédateur encore plus dangereux. Et, si ce n'était l'Homme, le tigre aurait sans doute pu être le chasseur ultime. Le raclement de la dague était dangereux, le claquement du pistolet funeste.

Sarka tourna la tête vers la femme étendue sur le lit d'à côté. Son manteau retiré, elle reposait sur le lit, un bandage autour du ventre, le bras dans une attelle de fortune. Ses blessures n'étaient pas à proprement parler graves, mais elle mettrait du temps à se remettre, au moins pour son bras. La femme au pistolet en était à la fois déçue pour elle, et désolée. A sa manière, la femme étendue était aussi un tigre, et elle l'appréciait pour cela. Plus que les autres, dans tout les cas, pour ce que ça valait. Elle n'avait que quelques passions dans la vie, et elle vivait pour celle-ci. Parmi elles, il y avait l'alcool et les explosions, passions qui lui semblaient communes. Quand un prédateur était privé de chasse, c'était quelque chose qui l'attristait toujours. Moins que si elle aurait perdu son pistolet, ou fini toutes ses bouteilles, il est vrai, mais ça demeurait de la tristesse.

Elle se redressa, pistolet en main, avant de se lever. Plus lourd que ses pas, le silence l'accompagna jusqu'au lit voisin. Elle tira le chien de son arme en arrière, la levant face au visage de celle qui dormait. Le canon s'immobilisa à quelques centimètres de son front. Une pression sur la gâchette, et c'était fini. Relâcher trop fortement le chien, et c'était fini. L'existence était un fil, fin et minuscule, agité par le vent. Dès que le coeur battait, à la naissance, ce fil était entaillé, destiné à se défaire quand l'âge se ferait trop sentir. Néanmoins, à tout moment, il pouvait être emporté par une bourrasque. Une pression trop forte sur celui-ci, et une chute, la maladie, ou les armes l'arracheraient sans la moindre compassion ou pitié. C'était un pouvoir grisant que de se sentir tenir le fil des autres. Une fois qu'on l'avait tenue une fois, plus rien n'était vraiment comme avant. Certains en devenaient sage, posant leurs armes ou défendant les nombreux fils avec. D'autres y prenaient goût.

D'un simple mouvement de l'index, elle pouvait la libérer de ses peurs, de ses plus terribles craintes. Elle pouvait anéantir ses rêves et ses espoirs, ses projets et ses buts, ses rires et ses pleurs. Elle tenait son fil, et l'avait tendu au maximum. Si à la place du tigre, il y aurait eu un taureau, ou même un loup, elle n'aurait même pas réfléchi. Elle aurait tiré, sans prévenir. De son propre avis, il fallait achever les bêtes blessées. Mais pas les tigres. Encore une fois, même à terre, un tigre savait tuer et se relever.

Sarka eut un sourire sincère, une nouvelle fois. C'était rare qu'elle n'ait pas à se forcer. Avec douceur, d'une caresse, elle fit redescendre le percuteur. Elle resta immobile un long moment, écoutant la respiration de l'autre, avant de rengainer son pistolet. Elle se détourna d'un mouvement, portant son index et son pouce gantés de cuir sur la bougie. Un instant, l'unique flamme vint lécher ses doigts avant de finir étouffée. Elle garda les yeux ouverts, fixés dans le vide, les laissant peu à peu s'adapter à l'obscurité. Quand enfin elle commença à percevoir des formes dans le noir, elle se pencha au-dessus de la femme qui dormait, soulevant doucement ses jambes, pour tirer la couverture, et la rabattre sur elle. Ne voulant la réveiller, elle évita soigneusement d'entrer en contact avec son bras. Elle avait besoin de repos, et, dans les jours à venir, ce luxe ne lui serait plus permis. Ce n'était plus une crise, ce n'était plus une menace. Qu'on le veuille ou non, c'était une guerre, et en temps de guerre, il fallait profiter de la moindre occasion pour reprendre des forces, et ne pas s'écrouler avant la fin.

Sarka, elle, ne cherchait pas le sommeil. Elle dormait très peu. Des minutes et des heures, volées quand le moment le permettait, c'était tout ce qu'elle s'accordait. Elle voyait son esprit comme étant en état de siège permanent. Cela faisait des années que c'était le cas. Plus de quatorze ans, précisément. Certains trouvaient le repos dans les rêve. Pas elle. Elle ne voyait qu'une table et des sangles. Une pièce vide, où nulle lumière ne perçait. Juste l'obscurité, et une humidité crasseuse. Quand elle fermait les yeux, elle revoyait l'escalier, de l'immense bâtiment. La bête, cachée sur la colline, l'avalant dans ses entrailles pendant ce qui lui avait semblé être une éternité. Et le rire, ce rire, terrible, qui, à son esprit, faisait passer la voix du Spectre pour celle d'un enfant. Certains souvenirs devaient rester enfoui. S'y laisser aller, s'y replonger, c'était faire voler sa santé mentale en éclat, pire que la mort selon, elle. Elle ne pouvait dormir, alors elle ne dormait pas, hormis quand son esprit était suffissement embrumé par l'alcool pour l'empêcher de rêver.

Elle avait failli le révéler. Pas celui-ci, évidemment. Il y avait des secrets qui devaient rester masquer à jamais. Ni même un important, cela serait revenu à se placer elle-même une corde au cou et se placer en équilibre sur un tabouret branlant. Non, un simple détail, quelque chose dont la nocivité aurait été moindre, voire inexistante, si possible. Pourtant, c'était déjà un début, un début qu'elle n'appréciait pas. La femme avait toujours pris des précautions sur son passé, des précautions qui avaient empêché quiconque de remonter le long de sa vie pour en apprendre plus sur elle. Autour d'elle, elle avait bâti une muraille invisible, un dôme protecteur pour empêcher toutes informations ou émotions d'échapper à son contrôle. Il se fendillait. Il y a quelques jours, elle avait fondu en larmes pour la perte de ce qu'elle avait failli connaitre. Pas longtemps, heureusement. On lui avait rapidement trouvé de quoi s'occuper l'esprit. Extérieurement, elle avait repris le contrôle. Le mur était encore frêle, elle devait le ménager. Ses larmes, sa tristesse, elle les avait transformées en une haine, froide et calculatrice. Le Spectre avait bien des pièces, mais elle comptait en avoir aussi une en main. Une qui ne serait révélé qu'en temps utile. Les autres l'ignoraient, et c'était finalement préférable. Il n'y avait que l'autre tigre, celui qui se reposait, qui l'avait appris. La réussite résidait dans le mystère. Quoi que le Spectre puisse voir, celui-ci lui serait caché à tout prix, jusqu'à la fin, jusqu'à ce que le moment vienne de tomber les masques. Et dire que son ex-lieutenant aurait pu l'apprendre, s'il n'avait que seulement détourné le regard derrière lui et observer en détail les plans. Mais non. Il était venue dans un but précis, et, restant focalisé dessus, cela avait été sa perte, et le secret avait été épargner.

Sarka revint enfin vers son lit. A nouveau, elle étendit ses jambes devant elle, s'adossant au mur. Le mécanisme à l'entrée empêcherait quiconque de venir se faufiler dans la maison cette nuit, même si, de l'avis de la propriétaire, cela ne marcherait nullement contre le Spectre. Elle avait semblé croire que cela l'inquiétait. Pour un peu, elle en aurait rit. Tout comme pleurer, s'inquiétait pour ce qu'on ne pouvait changer était une perte de temps. Aucun des généraux du Spectre ne viendrait. Ils avaient clairement mieux à faire que s'en prendre à deux femmes dans une chambre. Le Spectre avait ses projets, ses propres plans, et ses pions à déplacer, certains à la lumière du jour, d'autres en silence. Il savait aussi, évidemment, qu'ils avaient les leurs. Seulement, il était bien naïf s'il pensait que tout ce qui était entrepris contre lui l'était aux yeux de tous. Ou alors, il s'en moquait, ce qui revenait au même. Le mystère est synonyme de victoire en temps de guerre. Il provoque mouvement hasardeux. Son silence altère l'esprit des officiers. Et un tigre est toujours silencieux quand il chasse.

La boucle reprend. Le barillet tourne, dans un silence de plomb...


Dernière édition par Kenra le Jeu 9 Juil - 13:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [BG] Sarka   Ven 6 Fév - 17:34

[HRP] Certaines scènes peuvent choquer les âmes les plus sensibles, et ce n'est pas une blague. Si vous n'aimez pas le dégueulasse et le malsain, ne lisez pas le texte qui va suivre [/HRP]


Une simple lanière de cuir. Une simple bande, vieille, mais toujours en place. Toujours solide, résistant à tout les traitements qu'on lui inflige. Tiré dessus est inutile. Elle est toujours là, présente. Sa vieillesse n'est que provocation. Deux énormes boulons de fer la tient fermement ancrée au bois. Deux misérables points, tout deux aussi gros qu'un demi pouce. Ridicule chaîne, si petite mais si terrible. Si seulement l'un des boulons pouvait céder. Si seulement ce cuir venait à se déchirer. La femme a arrêté d'y croire. Cela fait tellement longtemps qu'elle est ici, oubliée de tous. Son existence n'est plus. Elle n'est que cette lanière de cuir, qui lutte contre elle-même. Sa vie c'est échappé depuis longtemps. Seul son esprit demeure, minuscule fil agité par le vent, menaçant de casser à tout moment. Elle ne cherche plus à tenir. Elle ne cherche plus à être, à lutter. Elle n'est plus. La colère à disparu. La haine à disparu. La peur aussi. Son nom lui-même a été oublier depuis longtemps. Désormais, elle est Douze. Douze est tout ce qui reste d'elle. Elle est Douze.

Un grincement se fait entendre. L'espace d'un instant, elle espère que ce soit les rats. Elle se reprend. Douze n'espère pas. Douze ne pense pas. Douze obéit juste. Quand une main vient saisir sa mâchoire pour l'ouvrir, elle se contente d'écarter les lèvres. On lui verse l'ignoble mixture directement dans la bouche. Le goût est étrange : la nourriture est bonne. Elle a le goût de la terre, et Douze n'essaye pas d'avaler. On lui colle une main sur la gorge, et on appuie dessus, manquant de l'étouffer, pour la forcer à avaler. C'est difficile. Ça la brûle, à cause des cachets qui raclent contre. Ils sont peu puissant, et elle sait qu'il faudra plusieurs heures pour que son esprit lâche. Le délai est néanmoins suffisant. Cela fait partie du jeu. Le sommeil ne doit pas venir avant la fin. Il gâcherait tout.

On lui ouvre la bouche à nouveau. Cette fois, Douze est vraiment surprise quand la nourriture vient à nouveau couler le long de sa gorge. Il n'y a que très rarement deux fois à manger le même jour. Ils doivent la trouver trop maigre, trop faible, ou trop peu réactive. Elle sait qu'ils ont raison. Elle sait qu'elle est cadavérique, que ses cheveux sont collé entre eux par la crasse et que, sous les traces de coups, sa peau est aussi pâle que la lune. Ses muscles ont fondu depuis longtemps, il ne reste que des os. Elle ignore ce que veut dire le mot chaleur. Pour la nettoyer, on lui jette une fois par semaine un seau d'eau froide au visage, à la figure et entre ses cuisses. Ce sont les seuls fois où ont la détache. A une époque, elle était trop agressive, alors ils ne prenaient pas cette peine. Ils tiraient simplement sur ses vêtements, avec force, pour dévoiler sa peau, en la laissant entre les liens de cuir. Alors, ils vidaient un simple seau sur elle. Son corps se tortillant en les insultant les amusaient. Ils la pinçaient et lui mettaient des violentes claques pour la faire enragée, pour provoquer l'animal retenu. Elle ne leurs posait plus ce problème depuis qu'elle était Douze. Douze était gentille et obéissante. Quand on la détachait, elle suivait en silence. Quand on lui demandait de se déshabiller, elle le faisait. Et, à la fin des trois seau, quand on lui jetait la tenue crasseuse et déchiré qu'elle portait en permanence, elle l'enfilait sans un mot, sans même s'essuyer. Avec quoi aurait-elle pu de toute façon ?

A nouveau, elle senti une main contre sa mâchoire, lui forçant à l'ouvrir. De l'eau froide et au goût de terre, une nouvelle fois, coula le long de sa gorge. Elle en recracha la moitié, et on la frappa. Une forme, celle d'un visage, s'approcha du sien. On lui parla, mais elle n'y prêta pas attention. Une main couru le long de ses jambes, dénouant les liens à ses chevilles. Peu après, celui autour de ses poignets disparu. Suivant l'ordre qu'on lui donnait, elle avança jusqu'au mur du fond, et s'y arrêta, le nez dans la crasse. On lui ordonna de s'agenouiller au sol, et Douze obéit. Un bruit de serrure se fit entendre, puis, on la saisit par les bras, et on la força à se relever. On lui fit passer la porte, et on referma derrière elle. Ses deux gardes du corps la traînèrent le long d'un immense corridor. Des portes défilaient, à droite comme à gauche, sans qu'elle trouve l'énergie de les compter. Tout était froid et sombre, noir. Ici, elle était perdue. Plusieurs fois, elle senti qu'on la faisait tourner, mais chaque angle la menait à un nouveau couloir, toujours aussi grand que le précédent. Elle butta un instant contre des marches, et des insultes parvinrent à ses oreilles. Elle n'y prêta pas attention. Les mains passèrent sous ses bras et la soulevèrent légèrement, la traînant dans les escaliers, ses pieds crasseux raclant le sol.

Au bout de ce qui lui sembla être une éternité, elle cessa d'être traîné, et trois coups contre le bois se firent entendre. A nouveau, un grincement, et on la poussa en avant. La lumière, soudaine, lui brûla les yeux, et elle tenta de reculer, pour se réfugier dans l’obscurité, mais la porte était déjà close.

_Déshabilles-toi, et assis-toi.

La voix était féminine, et d'une sévérité à tout épreuve. Toujours à l'aveuglette, elle retira son habituelle robe déchirée. La crasse la rendait presque rigide, mais elle resta muette quand la laine racla ses blessures, se contentant de la laisser tomber à ses pieds une fois qu'elle l’eut retirée. Elle ne portait rien dessous. Douze ne se souvenait pas avoir jamais porter d'autres vêtements que ce reste de robe élimée. Là où elle était, elle n'avait besoin de rien d'autres. Il n'y avait qu'en de rares occasions où on lui passait autre chose. C'était une perte d'argent inutile, et elle payait toujours au centuple ce qu'elle devait porter en plus. C'était la règle. Douze ne méritait aucune attention. Quand elle était malade ou trop faible, et qu'on devait lui passer des guêtres, c'était de sa faute. Elle devait s'excuser pour son comportement déplorable. Les coups et les brimades qui suivaient, elle les méritait.

Elle commença à distinguer les formes qui l'entourait. Tout était blanc. Terriblement blanc et lumineux. Une chaise trônait au centre, ainsi qu'une minuscule table, où était disposé plusieurs couteaux et ciseaux. Même l'épaisse femme qui lui jetait un regard assassin semblait briller. Les murs, quant à eux, n'était qu'un immense miroir lui renvoyant son apparence : de la peau, des os, et une crinière hirsute sur le crâne. C'était tout ce que douze était. C'était tout ce qu'elle avait mériter d'être.

Avec difficulté, elle s'assit sur la chaise. Sans ménagement, l'autre femme lui tira les bras en arrière pour les attacher. C'était la règle. Personne ne voulait savoir comment réagirait un esprit comme le sien à portée de tant d'armes potentiels.

La femme tira la tête de Douze en arrière, la retenant par les cheveux. Un couteau se dressa devant son visage, la pointe dansant un instant devant ses yeux. La lame, finalement, se colla contre son front, remontant vers le sommet de son crâne, ne laissant sur son passage que quelques centimètres de cheveux. Le geste n'était pas voulu doux. Plusieurs fois, elle se sentit basculer en arrière, seulement retenu par l'énorme ventre de la femme, quand le couteau, mal aiguisé, rencontrait un nœud qui lui résistait.

Finalement, elle entendit la femme se relever, et elle ramena sa tête face à elle, pour observer son reflet. La crinière avait disparu : il ne restait plus qu'un duvet de quelques centimètres sur son crâne. Avant, elle avait l'air d'une naufragée, abandonnée plusieurs mois sur une île déserte. Maintenant, elle avait l'air effrayante. A ses pieds, il y avait un bon seau de cheveux crasseux. Son corps, lui, était presque entièrement recouvert d'ecchymose. A moins que ce n'était de la crasse ? Elle penchait pour les deux.

En silence, elle attendit que la femme aille ouvrir la porte. Pourtant, rien ne vient. Elle la chercha du regard dans le miroir géant, et la vit, penché sur la table, une feuille à la main.

_Je leurs avait dire qu'ils s'y prenaient trop tard pour la double ration. Il aurait fallu commencer il y a au moins une ou deux semaines, mais l'inspection est demain.

La femme glissa le couteau à sa ceinture, et attrapa une paire de ciseaux. Elle vint se placer cette fois-ci face à elle, et, d'une pression de la main, lui écarta les cuisses. Douze manqua hurler quand les mains touchèrent ses bleus. Par endroits, des cicatrices étaient toujours visible. Sans pitié, la femme les gratta, pressant chaque plaie pour en faire sortir le pus, quand il y en avait, jusqu'à ce qu'uniquement du sang en jaillisse.

_Ils frappent trop fort, les imbéciles ! Ça va finir par se voir. Tu sais ce qu'il faut faire demain ?

Douze hocha la tête, alors même que la femme reprenait son travail. L'inspection. Le jour où personne n'osait la frapper ou la réprimander. L'inspection était le jour de l'Homme, celui à la silhouette grise et au manteau blanc. Il s'arrêtait devant chaque porte. Il ouvrait le judas, et observait un long moment l'intérieur. Parfois, il entrait, d'autres fois, il continuait. Elle n'avait jamais compris quel était la logique de son cheminement, quelles raisons le poussait à continuer ou entrer. Tout ce qu'elle savait, c'est que tout le monde le craignait ici. Ventrue, celle qui lui rasait les cheveux, mais aussi Voix, Mains, et Souffle. Elle savait qu'ils avaient peur de ses critiques. Si elle était restée silencieuse, immobile, son quotidien ne changeait pas. Dans le cas contraire, le lendemain était pire. Elle sentait les coups pleuvoir sur elle. Parfois, ils ne la nourrissaient plus. D'autres fois, ils ne venaient pas, et la laisser ici, oublier.

Ventrue jeta les ciseaux sur la table, une fois son travail terminée. Elle se dirigea vers la porte, l'ouvrant. Douze n'entendit pas ce qu'elle lança à l'extérieur, mais elle referma la porte et se rapprocha d'elle, pour lui jeter les restes de sa robe sur les genoux. Sans un mot, elle lui détacha les mains. Douze ne pensa pas à prendre Ventrue de vitesse. Elle ne songea pas à tenter de s'emparer des ciseaux, pour tenter de s'enfuir. La première fois, elle avait essayer, quand elle avait encore de l'énergie. La femme lui avait brisé le poignet, et roué de coups sans ménagement. Malgré son ventre, elle était d'une rapidité et force prodigieuse. En outre, elle savait qu'à l'extérieur, il y avait toujours au minimum quatre hommes. Les deux l'ayant emmené ici, et les deux qui gardaient en permanence la porte. Au lieu de garder une étincelle d'espoir dans son esprit, Douze se contenta d'enfiler à nouveau sa robe. Malgré sa rigidité crasseuse, elle ne pu s'empêcher de noter, une nouvelle fois, qu'elle était trop large au niveau de la poitrine, et qu'elle était trop courte au niveau des jambes. Elle ignorait qui l'avait porté avant elle. Elle savait juste que sa précédente propriétaire était en paix, et que rien ne pouvait désormais lui arriver.

La porte s'ouvrit, et ceux qui l'avait emmener ici, Souffle et Voix, entrèrent. Ils vinrent se positionner de chaque côté d'elle. Ventrue hocha la tête, et ils la saisirent par les bras, la forçant à les suivre. Douze ne put qu'obéir, alors qu'on emmenait une autre femme dans la pièce. Celle-ci se débattait : elle devait être nouvelle ici, mais elle apprendrait vite. L'apprentissage. C'était la spécialité de Mains.

Cette fois, elle réussit à descendre les escaliers sans qu'on la traîne. La nouvelle de l'inspection lui donnait des ailes. Peu importe qu'il ne dure qu'un jour, qu'une fraction de seconde. Il existait, et c'était la seule chose qui était importante. L'unique jour où Douze était intouchable. Elle n'avait qu'une envie, c'était de courir jusqu'à la table, attendre que le cachet fasse effet, et se réveiller sur la vision de l'Homme au manteau rutilant.

Elle se retrouva enfin face à la porte, sa porte. On l'ouvrit, et on la traîna jusqu'à la table où les quatre liens de cuir attendaient. Sans ménagement, elle fut poussé dessus, et Voix lui attacha les mains le long du corps. Mains entra à ce moment, jetant sur son ventre une paire de bas grossier en laine. Les ecchymose sur ses jambes ne devaient pas être visible, cela pouvait amener sur eux le courroux de l'Homme. Souffle lui attrapa le pied, et tira sur sa jambe pour lui enfiler le premier, alors que Voix en faisait de même pour le second.

Douze fixait le plafond. Elle ne sentait pas encore les effets de la fatigue, normalement provoqué par le cachet. C'était-elle trompée dans ses calculs ? Elle n'en avait absorbé que deux ? La porte se ferma, et elle entendit le bruit des clés qui tournaient dans la serrure. Il ne lui fallu qu'un instant pour se rendre compte que ses jambes n'avaient pas été attacher. Elle releva la tête, et elle vit Mains revenir, glissant le trousseau dans sa poche. Souffle et Voix n'avaient toujours pas bouger. Cela expliquait le nombre de cachets : elle ne devait pas s'endormir si vite. Bien qu'elle avait cesser de se débattre depuis longtemps, ils n'aimaient pas qu'elle soit inerte.

L'un tira sur le haut de sa robe, pour dévoiler sa poitrine, tandis qu'un autre remontait les pans de sa robe dans son dos. Une ombre l'envahit, quand Souffle grimpa sur la table, et elle senti son corps s'écraser contre le sien. Il était lourd, bien plus que Ventrue, et son poids la faisait suffoquer. Ses jambes écraser de part et d'autres, elle n'avait jamais réussi à se débattre avec lui. Il était trop imposant, une véritable montagne.

Bien vite, elle entendit sa respiration au creux de son oreille. C'est comme ça qu'elle le reconnaissait. Une respiration encrassée, qui tressautait souvent. Celle d'un bœuf, pataugeant, s'acharnant. C'est lui qui frappait Douze le plus souvent, quand il n'avait plus la force de continuer. C'était sa faute. Un jour, elle avait eu le malheur de lui répondre d'un sourire moqueur. Il lui avait brisé la mâchoire, et l'avait tellement frapper qu'elle avait failli en mourir. Elle n'avait pas eu cette chance, et il avait prétendu qu'elle avait tenté de s'enfuir. Elle n'avait rien dit. Elle n'arrivait plus à parler, et qui l'aurait écouter, de toute façon ?

Douze n'était que rarement consciente dans ce genre de moment. A force, son esprit se détachait de lui-même, et son regard, vide, vagabondait sur les murs en pierres crasseux. Elle ne prêta même pas attention à ce qui se passait. Voix était de la même trempe que Souffle. Il était plus fin, mais plus féroce aussi. Contrairement aux autres, il parlait. A l'avance, il annonçait ce qu'il comptait lui faire. Il aimait la voir imaginer le pire. Cela faisait partie de son rite. La prendre n'était pas suffisant pour lui, si elle ignorait qui le faisait.

Elle redressa la tête, et croisa le regard de Mains qui s'approchait. Elle ne put s'empêcher de sangloter, et il posa la main sur sa joue, la caressant doucement, se penchant pour lui murmurer à l'oreille. C'était lui le pire. Il lui faisait peur, une peur terrible et indicible. Souffle était violent, mais il restait pathétique. Voix était tordu, et cela se sentait dans ses propos. Mains, lui, était normal. Rien ne le définissait comme quelqu'un de brutal, de sauvage ou de fou. Il savait juste ce qu'il faisait. Il savait crée l'effroi. Pire, son imagination n'avait pas de limite à ce sujet. Douze aurait préféré mourir que se retrouver entre ses mains. Pourtant, son regard ne mentait pas : elle ne trouverait pas le repos ce soir avant que les cachets ne fassent effet...
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[BG] Sarka

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