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 The Compendium

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Norwen
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MessageSujet: The Compendium   Lun 2 Fév - 13:46



Bienvenue sur le Compendium où je vais regrouper les BG de mes multpiles persos. Ceci est, pour le moment, un simple test, n'y prêtez pas attention!
Pour naviguer à travers les BG, cliquez sur les portraits ci-dessous.

   


Dernière édition par Norwen le Mar 3 Fév - 13:50, édité 5 fois
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Norwen
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MessageSujet: Re: The Compendium   Lun 2 Fév - 13:50


Peu de gens me demandent de raconter mon histoire. En même temps, il y a beaucoup plus passionnant. D’autres ont une vie remplie de surprises, de drames ou de grandes nouvelles qui vous donnent le sourire. La mienne, au contraire, est très simple. Certains diront qu’un début simple permet à mes éventuelles actions héroïques de briller et de ressortir. Combien de fois avons-nous entendu l’histoire de ces héros au départ si humbles, qui deviennent des légendes vivantes? Mais trêve de bavardages, vous voulez mon histoire, alors la voici.

Je m'appelle Adeline Vasilis et je suis née le 56ème jour de la saison de Scion, de l’an 1306. J’ai vu le jour à Shaemoor, aux portes du Promontoire Divin, dans une famille assez normale : mon père, Petros Vasilis était un forgeron au nom et aux origines Luxonnes, bien que très lointaines. C’était ma grand-mère, Aglaia Vasilis qui était très portée sur cette culture et qui s’est chargée de me la transmettre, vu que mon paternel s’en tamponnait royalement. Ma mère, Ann, était une roturière tout ce qu’il y a de plus Krytien, sans particularités, vraiment. Mais mes origines, bien que modestes, me convenaient parfaitement. Je vivais une vie très simple, sans tous les soucis et les complications qu’une vie citadine pouvait m’apporter. Quand j’étais gosse, je passais mon temps autour de la petite rivière qui passait à côté du village, à chasser les tétards et à patauger jusqu’à être couverte de boue. Je pouvais décider de passer toute une après-midi à regarder les nuages ou à grimper au grand arbre qui surplombe le barrage. C’était une vie simple et calme, tout ce qu’il me fallait.

Autour de mes cinq ans, on est partis au Quartier Salma, au coeur du Promontoire. Mon père se dégotta un étal au marché et acheta une maison du quartier, et c’est ainsi que je quittais ce train de vie si paisible que j’avais, pour plonger dans le chaos qu’est une ville. Les débuts étaient difficiles, je ne pouvais pas aller marcher dans l’herbe du voisin, ni cueillir les fleurs dans le jardin de l’autre. Au début, je ne pouvais quitter la maison seulement si j’étais accompagnée de Tess, la chienne familiale. Et cette soudaine perte de mes libertés m’a assagit. Je n’étais plus aussi curieuse, j’hésitais à aller jouer dans les flaques d’eau avec les autres gamins. J’étais devenue douilette et timide, perdue entre ces grands murs et ces rues dallées. Mais c’est à ce même moment que je me suis fait mes premiers amis : Petra, Liam et Luis. J’ai grandi avec cette joyeuse bande d’amis, qui se disputaient presque tous les jours mais qui se serraient les coudes au moindre pépin. J’ai vécu des moments heureux et d’autres beaucoup moins. Mais ils restent et resteront une partie importante de ma vie.

Quand j’avais dix ou onze ans, mon père a décidé de s’occuper de mon éducation martiale, à défaut de s’occuper de mon éducation religieuse, parce que, visiblement, taper est plus intéressant que prier. Ayant lui-même une affinité avec les animaux, dont j’ai hérité, il décidé de m’entraîner à l’arc. Et c’était chiant. Voyez-vous, mon père avait beau tolérer l’échec, il ne le tolérait pas très longtemps. Et je devais passer mes après-midi entières à tirer avec mon petit arc, sur une petite cible, au milieu de tous les autres jeunes gens qui s’en tiraient beaucoup mieux que moi, seulement pour m’éviter les “Alors Adeline, tu sais tirer à l’arc maintenant?” qu’il me balançait le soir. Mais c’est aussi au même moment que m’est venue ma passion pour la musique. Je rentrais d’un énième entraînement, épuisée et passablement énervée et je suis passée devant ce musicien. Il jouait un vieil air, qui parle de manches vertes ou une connerie du genre, mais la mélodie m’avait marquée. Et je pense que c’est cet air, dont je me souviens encore et que je fredonne de temps à autre, qui m’a donné envie de faire de la musique. Trouver une guiterne sans que mon père s'en rende compte n'avait pas été chose facile. Déjà parce que ces trucs sont foutrement chers pour une gamine et que mon père n'était pas un grand amateur de musique. Mais de toute manière, il n'avait pas trop le choix. Depuis ce temps là, mes relations avec mon paternel ont été un peu tendues. Lui voulait que je mène une vie austère et bien rangée. Et de mon côté, c'était exactement le contraire.

Après, ma vie était assez banale. J'ai vécu la vie normale d'une jeune fille normale, à qui il manquait quand même des neurones, de temps en temps. J'vais pas vous raconter toutes les conneries que j'ai pu faire, on y serait encore dans deux jours. Mais ma plus grosse bêtise, c'était quand j'avais 16 ans. C'était autour de cette époque que le cirque de Beetletun passait dans le coin. Ma mère et mes amis essayaient de me convaincre de tenter ma chance. Après tout, une musicienne aurait tout-à-fait sa place dans un cirque. J'aurais pu découvrir le monde, voyager, tout en gagnant ma vie en jouant de la musique. Le rêve, si on résumait. Mais en gamine sans cervelle que j'étais, tout ce que je voyais, c'était que, dans un cirque, il y avait des clowns. Et j'ai horreur des clowns. D'un côté, j'avais peur d'en devenir un, à force de rester dans un cirque. De l'autre, les clowns, c'est vicieux. Ne venez pas me dire que les clowns ne sont pas censés faire peur, je les trouve flippants. Je trouve beaucoup de choses flippantes à vrai dire. Enfin, l'essentiel était que j'ai refusé la place qu'ils me proposaient. C'était une idée stupide que j'ai amèrement regretté depuis. Mais d'un autre côté, si j'étais partie, je ne serais sans doute jamais venue au Repos du Guerrier...

Mes 18 ans ont été assez... mouvementées, pour ainsi dire. C'était loin d'être la meilleure année de ma vie. Pour faire court, en un an, j'ai perdu deux amis, un plus précieux que l'autre. Un est parti chez les Séraphins, paraît- il, l'autre à Noirfaucon avec sa nouvelle épouse, le sourire aux lèvres, sans un regard en arrière... Enfin, c'est de l'histoire ancienne. Je ne pouvais rien faire à l'époque et encore moins maintenant. Voilà voilà.

Plus récemment, j’ai décidé de me bouger les miches et de chercher du boulot à l’Arche du Lion. Disons que ça n’a pas été des plus efficaces. Mais entre les connards qui me riaient à la figure et ceux qui m’ignoraient complètement, j’ai failli trouver la perle. J’étais à l’Ombre du Lion et il y avait ces deux énormes Norns roux et ce sylvari avec des branches sur la tête. Ils étaient complètement ivres et parlaient d’aventures et de mercenariat. C’est aussi au même endroit que j’ai rencontré Yuzuna Seiji...Seijimachin, une petite jeune fille aux couleurs “chatoyantes” si on peut dire. On avait commencé à parler de créer une compagnie de mercenaires, la Compagnie d’Autrerive. Sur le coup, je pensais que j’allais enfin pouvoir partir à l’aventure. Mais c’était foutu dès le lendemain. Nos compagnons étaient tellement ivres qu’ils ne se rappelaient plus de rien. Yuzuna et moi, les deux seules à être restées sobres, avions tenté de leur rafraîchir la mémoire mais en vain. Déçue, je suis rentrée au Promontoire et c’est là que j’ai commencé à traîner plus souvent au Quartier Ossa.

Le Repos du Guerrier m’a permis de rencontrer beaucoup de gens aux histoires diverses et variées: Axton, Yaden, Heinrich, Laryssa, Saellyan, Kraltek, Duncan… J’en oublie sans doute, j’ai encore du mal à placer les noms. Et puis il y a tellement de nobles. Je côtoie le gratin Krytien et Ascalonien maintenant. Certains diront que ce n’est qu’une simple taverne, où on s’asseoit et on sirote une bière. Mais je pense que Le Repos du Guerrier est bien plus que ça. C’est à la fois un point d’ancrage et un point de départ pour de nouvelles aventures. Grâce à eux, j’ai déjà pu voir quelques détails du monde comme Le Prieuré du Durmand, Caledon ou encore Noirfaucon. Et ça me donne encore plus envie de voir le reste.


Il fait froid sur les toits du Promontoire. Mais j’m’en fous. Je suis en hauteur. Ils ne pourront pas m’attrapper. Trop haut, trop loin. Bien cachée. Encore cachée. Si je continue, d’autres vont mourir. Comme Junko. Comme les autres. Au moins, ils réaliseront une chose...

Ils se rendraient compte que je suis un monstre…

Tout avait si bien commencé pourtant. J’avais enfin trouvé du boulot à l’Arche du Lion, en compagnie de Yuzuna, de sa soeur Junko et d’un autre type. On devait juste retrouver une relique dans les terres centaures. Au début, j’étais pas rassurée mais Junko connaissait le terrain, à priori et avait déjà quelques années d’expérience. L’aller s’était déroulé pratiquement sans encombres, rien qu’on ne puisse gérer. J’avais un peu de mal au début mais j’ai vite pris le coup de main. C’est sur le retour que ça s’est corsé.

On avait trouvé cette foutue relique et on était sur le chemin du retour quand ces deux troufions sont arrivés. Ils disaient qu’ils avaient une demie dizaine de centaures à leur trousse, qu’ils avaient besoin d’aide. Si Junko ne les avait pas pris sous son aile, peut-être qu’on aurait pas vécu ça… J’en sais rien. En tout cas, elle a décidé de tendre une embuscade aux cinq centaures, me demandez pas pourquoi. Yuzuna et l’autre mec qui était avec nous s’occupaient de préparer un piège et j’étais postée en vigie. Et c’est là que ça a dégénéré.

Ca fait des jours entiers que j’me ressasse tout ça. Chaque minute, chaque seconde me revient en tête. Et j’ai beau chercher où ça a merdé. Mais la réponse est simple : je ne suis qu’une lâche. J’étais complètement terrorrisée quand j’ai entendu le grondement de leurs sabots. Ils étaient beaucoup plus que cinq. Et je me suis cachée, prise de panique. Je ne les ai pas vu arriver, trop trouillarde pour tourner la tête, de peur de me retrouver face à eux. J’avais peur qu’ils me trouvent et qu’ils me tuent sur-le-champ.

Mais en y pensant, j’pense que j’aurais préféré ce sort.

Ils ont chargé notre petit groupe, qui était loin d’être prêt à les accueillir. Le grondement des sabots, les hurlements de bêtes, qui venaient tout aussi bien de leur côté que du nôtre. Des cris terrifiés, mêlés aux beuglements sauvages des monstres.
Le type qui nous avait accompagné est mort, ainsi qu’un des deux troufions qu’on avait ramassé. Direct. Epargnés de ce qui a suivi. La chance. Et moi, j’entendais les bruits de bataille à côté, mais je ne bougeais pas. J’étais tétanisée par la peur. Complètement immobile.

J’ai honte. Tellement honte. Je ne pourrais jamais me justifier. Encore moins me faire pardonner. Je ne suis qu’un monstre. Un monstre de couardise et de lâcheté. Mais sur le coup, je ne pensais qu’à moi. Je pensais m’en sortir, si jamais ils ne me voyaient pas. Je me rends maintenant compte  à quel point j’ai été stupide. J’ai voulu sauver ma peau, mais à la place, j’ai précipité notre petit groupe en enfer.
Les centaures sont venus me cueillir sur mon monticule. Je me débattais, je pleurais, complètement pathétique. Junko et Yuzuna avaient été prises aussi et avaient l’air d’être assez mal en point. Y avait un grand centaure blanc, à qui il manquait un bras. C’était lui le chef.
Il posa une question dans sa langue gutturale et Junko lui a répondu en lui crachant aux sabots. Il aboya un ordre et ils nous ont embarqué. Je me débattais encore, j’espérais pouvoir m’échapper, jusqu’à ce que le grand centaure m’assène une gifle. J’ai dû tomber dans les pommes, après, parce que je ne me souviens pas du voyage. D’un certain côté, tant mieux pour moi, je pense.

Et là, encore, c’est rien. Rien du tout! C’n’est que le début. L’aube des pires jours de toute ma vie.

À un moment, je me suis réveillée, mais je ne sentais rien. Comme si j’avais perdu mes sens. Au début, j’entendais des bruits sourds, inarticulés. Et petit à petit, mes sens me revenaient. Il faisait sombre et j’avais du mal à distinguer la forme à côté de moi. C’était Yuzuna. Elle était attachée, les bras écartés et portait une sorte de collier qui l’empêchait de se relever complètement. C’est en la voyant ainsi que tous mes sens me sont revenus d’un coup.
On était dans une grotte. Sombre et froide, éclairée par quelques torches. Je voyais des formes au fond, mais je n’arrivais pas à les reconnaître. Ca sentait la sueur, la peur, le crottin...et le sang. Une odeur de sang qui te donnait la gerbe. Ca, mélangé à une odeur de pisse.
J’avais la joue en feu et un goût métallique dans la bouche. J’avais mal partout. Yuzuna me chuchotait de me calmer, qu’ils allaient venir. Mais je ne l’écoutais pas. Sur le coup, j’m’en tapais complètement de ce qu’elle disait. J’essayais de regarder autour de moi, de trouver une issue, une manière de m’enfuir.

Mes pensées furent coupées par un claquement … suivi d’une douleur atroce. J’ai hurlé, alors qu’on me traçait des lignes de feu dans le dos. Un nouveau claquement. Une nouvelle douleur. Comme si on me déchirait la chair avec des aiguilles chauffées à blanc. J’entendais des voix rauques derrière moi, sans doute les centaures. Encore un claquement. Mes hurlements rompaient le silence oppressant de la grotte. Je crois d’ailleurs que j’étais la seule à hurler à ce moment là.
J’ai jamais eu aussi mal de ma vie. Même aujourd’hui, je sens encore la morsure du fouet dans mon dos. J’entends encore les claquements, de temps à autre. Les centaures continuaient de me frapper. Et je continuais de hurler. Yuzuna me disait de me taire et elle se faisait frapper aussi. Mais elle, elle serrait les dents et ne disait rien. Et les centaures ne la frappaient plus. Elle avait compris le système, visiblement plus habituée que moi. Mais c’était trop dur. Je n’arrivais pas à contenir mes pleurs, mes cris, alors ils continuaient de fouetter.
Au bout d’un moment, je ne criais plus. Je ne sentais plus mon dos et j’avais la gorge sèche, à deux doigts de dégobiller. À ce moment là, les centaures sont partis, et c’était au tour d’un autre de se faire lacérer le dos. Les hurlements étaient abominables, presque inhumains. Et les centaures ricanaient et nous insultaient.

C’est une chose horrible à dire, mais on s’habituait vite aux hurlements des autres, au bout de plusieurs heures. Ils devenaient comme des bruits de fond, auxquels on ne fait plus trop attention. Mais de temps en temps, un hurlement s’arrêtait net. Trop brusque pour que ce soit naturel. Alors on savait. On savait qu’il venait de crever. Et son cadavre disparaissait pour laisser place à un nouveau prisonnier et ça recommençait. Les cris, les pleurs, les gémissements.

Ceux qui ne sentaient plus rien et qui ne réagissaient plus étaient détachés puis entravés de nouveau, avec des menottes de chanvre aux chevilles. Ils venaient nous donner à boire, de temps à autre. Ils avaient le regard vide, le visage blême et le corps couvert de sang séché et de bleus. Les centaures voulaient tous nous transformer en bêtes de somme obéissantes et dociles, en nous battant jusqu’à ce qu’on abandonne. Et cet avenir me faisait paniquer davantage.
Junko était elle aussi attachée, en face de moi, mais je savais qu’il allait lui en falloir plus pour qu’elle abandonne. Ca se voyait dans ses yeux, qu’elle gardait constamment rivés sur moi. Elle avait le regard perçant, à vif, des flammes dans les yeux. Ou peut-être n’était-ce que la réflexion des torches? Je sais plus. Ca ne m’étonnerait pas que j’ai halluciné sur le coup.

Le grand centaure blanc revenait de temps à autres et on l’entendait arriver de loin, le bruit de ses sabots résonnant dans la caverne. Il venait toujours poser des questions à Junko. Et il avait toujours cette putain de relique dans sa main. Mais Junko répondait à chaque fois de la même manière : elle leur crachait dessus. Et ils la battaient en retour. Mais le pire, c’est qu’elle gardait les yeux rivés sur moi tout du long. Comme pour me rappeler que cette situation était de ma faute. Tout était de ma faute. Elle me jugeait en silence avec son regard de fou furieux. Elle aurait préféré que je crève avec les autres, j’en suis certaine. Et sur le coup, moi aussi, j’aurais préféré crever, plutôt que de subir ces coups répétés, ces rires, ces moqueries, ces insultes.
Le fouet des centaures me faisait mal, très mal, et ils faisaient subir le même sort à Junko. À chaque fois qu’ils la battaient, j’voyais un peu de sang gicler, son corps trembler et les blessures commençant à s’infecter. Comme un miroir, on me faisait subir la même chose et j’avais le résultat devant les yeux.


Je ne sais pas combien de temps on est restées dans cette grotte. Deux jours? Une semaine? On ne voyait plus la lueur du soleil, on recevait un maigre repas seulement quand on était à deux doigts de tomber dans les pommes. Mais j’avais l’impression que c’était une éternité…
J’ai pas compté le nombre de fois où les centaures sont venus me fouetter par surprise. Mais à chaque fois, c’était la même chose. Je ne pouvais pas me retenir de hurler.  Ca faisait trop mal. Alors ils me frappaient à nouveau, ravis de pouvoir se défouler sur moi. Ils me battaient tellement souvent que mes blessures n’avaient pas le temps de se cicatriser. Si bien que le fouet les gardait ouvertes et en rajoutait par-dessus.
C’était aussi la même chose avec Junko : des questions, des crachats, des coups. Et toujours son regard fixé sur moi. Yuzuna, sa soeur, ne disait plus rien, les yeux vers le sol. Les centaures passaient derrière elle mais ne la battaient pas, comme si ils l’avaient oublié. Elle avait tout saisi, elle. Pas comme moi. Peu de temps après, ils l’ont détaché, passé les liens de chanvre aux chevilles et l’ont emmené. Je ne sais pas où. Peut-être pour aller crever dans une mine? Finir en bouffe pour leurs chiens de pierre? J’en savais foutrement rien et j’avais peur de subir le même sort.

À un moment, le centaure blanc est revenu, mais sans la relique. Il s’est placé au centre de la grotte et a commencé à parler, dans un Krytien approximatif. Je me souviens que sa voix tonnait et qu’elle me terrifiait. Une voix qui impose non pas le respect, mais la terreur. Je ne pense pas que je pourrais oublier ce qu’il a dit un jour. Dans mes cauchemars, sa voix résonne dans ma tête. Pour me rappeler ce qui m’attend.
“ Pitoyables bipèdes,” qu’il disait, “qui n’ont rien dans la cervelle. Cette Humaine vous inspire? ” cracha-t-il en regardant Junko. Son regard se posa sur moi, ses deux petits yeux sombres et vicieux me fixaient pendant qu’il… souriait?
“ Regardez et admirez ce qu’on en fait, de votre exemple. On va vous montrer qu’elle non plus… n’a rien dans la tête. Empêchez-lui de fermer les yeux…”
Deux centaures s’étaient approchés et m’avaient aggripé mes cheveux et me forçait à regarder la scène.

C’était la première fois que je voyais de la peur dans ses yeux. Elle regardait le centaure blanc avec une terreur sans nom, son corps couvert de sang, de sueur et de terre  tremblant encore davantage.
Il lui asséna une violente gifle qui lui fit cracher du sang et une dent. Puis une deuxième gifle. Une troisième. Ensuite, il saisit un gourdin et l’abbatit sur son épaule. Le craquement de son os résonna dans la caverne, rapidement suivi du hurlement de Junko. Le centaure frappa encore et encore, prenant soin de briser le plus d’os possibles.
Elle n’était plus qu’un pantin désarticulé. Pendue par ses membres brisés, son corps se tordait de manière non naturelle: ses bras avaient des angles bizarres, ses jambes étaient pliées sur le côté et elle semblait avoir des articulations supplémentaires, là où le centaure avait brisé son os en deux. Ils vinrent la détacher et elle se laissa tomber au sol avec un couinement de douleur. Encore aujourd’hui, je me demande comment elle a fait pour ne pas sombrer dans l’inconscience. Son corps était brisé et son esprit était sur le point de subir le même sort.
Le chef centaure s’approcha de Junko et abbattit son sabot sur sa main. Plus encore que le craquement de ses phalanges, on pouvait aussi entendre la chair se déchirer, tandis qu’il l’écrasait de tout son poids. Un autre centaure s’attela à son autre main, et sous peu, la plupart des centaures étaient agglutinés autour d’elle. Ses cris et ses pleurs semblaient attiser leur sadisme.

Et l’instant d’après, ils étaient tous en train de lui sauter dessus, leurs sabots, maintenant écarlates écrasant sa chair. C’est toujours cette scène que je revois dans mes cauchemards. Les hurlements de Junko n’avaient plus rien d’humain, tant ils étaient déformés par la peur et la douleur. Je vois encore les centaures se jeter sur elle, un sourire sadique aux lèvres, encore et encore et encore…

Et à partir de là, je ne me souviens plus de grand chose. Je ne voyais plus rien d’autre que ce tas de chair, de sang et d’os qui était autrefois Junko. Par je ne sais quel miracle, sa tête était restée plus ou moins intacte et me faisait face, me fixant de ses yeux morts, à jamais pétrifiés dans une expression de terreur.
J’avais perdu la notion du temps. Tout ce que je voyais, c’était Junko, qui me jugeait, même dans la mort. Et puis à un moment, sa tête disparut, projetée par le centaure blanc. Il y avait deux personnes qui l’attaquaient. Un grand guerrier en armure lourde qui semblait le narguer et un autre qui le harcelait de coups avec une épée de feu.

Le petit tas de chair avait volé un peu partout, ne laissant qu’une tache de sang sec sur le sol. Quand le sang du Centaure Blanc vint se mélanger à celui de Junko, tout était fini. Je me souviens d’Heinrich qui nous guidait vers la sortie.  Je me souviens du ciel nuageux, une fois dehors. Je me souviens de l’odeur de la fumée des forges.

Mais je me souviens surtout du vent frais qui nous a accueilli et nous a guidé loin de cet enfer.

C’était fini.


Dernière édition par Norwen le Dim 15 Mar - 20:05, édité 2 fois
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Norwen
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MessageSujet: Re: The Compendium   Lun 2 Fév - 13:54


Les ruelles de l’Arche du Lion étaient bondées, comme d’habitude. En particulier dans le quartier ouest, celui qui accueillait les résidents les plus modestes - et parfois les moins honnêtes -, où le brouhaha était constant.
Une silhouette encapuchonnée se frayait un chemin parmi la foule. Elle tenait dans ses bras quelque chose enroulé dans un drap miteux. Quelque chose qui criait. Les pleurs de son enfant noyés dans le bruit qui régnait dans la ville qui ne dort jamais, la jeune mère se dirigea vers une vieille bâtisse délabrée. Elle cogna doucement à la porte et cette dernière s’ouvrit doucement, pour laisser passer la tête d’un vieil homme barbu. Il fixa la personne qui se tenait devant lui, les yeux plissés, méfiant.
Elle lui présenta son enfant, les bras tendus et tremblants.
“Nazeem...Tranchevague” souffla-t-elle, la voix à peine audible, avec l’accent si particulier des gens d’Elona.
Le vieil homme pris l’enfant dans ses bras et la jeune personne encapuchonnée se retourna avec un sanglot, disparaissant dans la foule.

***


- Mais tu vas la fermer, espèce de sale merdeux?!
- Nan, et tu pourras même pas m’attrapper, espèce de gros lard!

Nazeem esquiva les mains épaisses du marchand et détala dans la rue. Slalomant entre les passants, les touristes avec leur air perdu, les aventuriers avec leurs grosses armures brillantes et lustrées, il passait sans problèmes dans les étroites allées qui séparaient les masures de l’Arche.
Nazeem Tranchevague avait maintenant dix ans et encore toutes ses dents, dont il était très fier. La peau basanée, les cheveux noirs et les yeux ambrés, il aurait pu être considéré comme un beau garçon si il n’était pas aussi maigre et si ses cheveux étaient moins souvent en bataille.
Le jeune garçon courait aussi vite qu’il pouvait, poursuivi par le gros marchand. Occupé à surveiller ses arrières, il percuta quelque chose au détour d’une allée et se retrouva les fesses dans la boue. Lorsqu’il leva les yeux, il reconnu un autre gamin de l’orphelinat. Il était deux fois plus large que Nazeem et faisait une tête de plus. Et les deux se détestaient.

- File moi ça.
- Va crever, c’est MON butin, cracha Nazeem en serrant la pomme dans ses petites mains

Pour toute réponse, le gamin lui asséna un coup de pied dans le ventre, puis un autre, encore un autre. Sous le coup de la douleur, Nazeem lâcha sa pomme si durement gagnée pour se cramponner le ventre. L’autre gamin la ramassa et se retourna pour s’enfuir en courant. Nazeem se releva sur un coude, prêt à partir à la poursuite de l’autre enfant quand il sentit une grosse main l’attrapper par l’épaule pour le retourner violemment.

- Sale petit fumier! hurla le gros marchand avant de lui asséner une claque monumentale.



Nazeem rentrait “chez lui”, ou plutôt dans le trou à rat qui lui servait d’abri, le visage bouffi par les baffes du marchand. Se faire chourrer son repas de la journée arrivait souvent, surtout que Nazeem n’était pas très costaud. Par contre, se faire choper par un gros marchand furieux, en général, il arrivait à éviter ça. Lyssa ne lui avait pas souri cette fois-ci.
En passant sur les quais, Nazeem regardait les grands navires pirates amarrés là.  Certains avaient l’air en meilleur état que d’autres. Il souria en passant devant un tout petit rafiot qui, visiblement, en avait vu des vertes et des pas mûres. Il esquiva les équipages pirates qui partaient vers les tavernes et bordels mais s’arrêta d’un coup.
Sur un des navires, un jeune garçon, à peine plus âgé que Nazeem,  était occupé à nettoyer le pont. Il vit un des pirates s’approcher de lui, lui donner quelques piécettes avant de le diriger vers la ville. Nazeem regarda le gamin passer à côté de lui avant de reporter son attention vers le navire d’où il venait. Il s’approcha doucement du pirate qui gardait le bateau.

- Qu’est’qu’tu veux, gamin?
- Z’embauchez?
- Nous? Nah, on a déjà not’ mousse.  Mais s’tu veux, Le Fond du Tunnel, y recrute.
- Le Fond du Tunnel? C’est débile comme nom.
- Pas faux, gamin. Mais y’paraît que quand t’es dessus, c’est ce que t’espères voir tellement il est pourrave.

Et c’est sur ce bout d’information que Nazeem prit une décision. Fini le vol à l’étalage pour une foutue pomme. Fini de se faire bastonner pour un bout de pain. Fini de devoir se cacher pour éviter de se faire choper.
Nazeem Tranchevague allait devenir pirate.
À suivre...


Dernière édition par Norwen le Mar 3 Fév - 13:32, édité 1 fois
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Norwen
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MessageSujet: Re: The Compendium   Lun 2 Fév - 13:57



Inspirer.
Expirer.
Inspirer encore.
Et expirer.

Elle respirait doucement, pour supporter la douleur, comme on le lui avait appris.   Elle gardait la tête haute, son regard rivé vers la porte de sa geôle, digne et fière. Comme on le lui avait appris. Tous les enseignements et apprentissages, glanés au fil des années, lui revenaient en mémoire, par flash. Et les Dieux savaient qu’elle en avait besoin. Attachée les bras en croix au milieu de la cellule, la jeune femme avait perdu la notion du temps. Elle avait arrêté de compter les repas qu’on lui donnait. De toute manière, elle était persuadée qu’on l’oubliait de temps à autres. Elle avait parfois l’impression d’attendre une éternité avant de voir un visage humain. Humain mais jamais amical.

 Accusée à tort et jetée dans une geôle, au fin fond d’un dédale de couloirs et d’escaliers, la Canthienne savait pertinemment que personne n’allait venir la chercher. Ces histoires de princes charmants arrivant au bon moment sauver la délicate princesse, elle n’y avait jamais vraiment cru. Elle ne connaissait aucun prince, aucun chasseur qui pourrait la délivrer du loup. Mais la prisonnière n’arrivait pas à taire cette petite voix qui espérait, qui la faisait lever les yeux à chaque bruit dans le couloir. À chaque fois, ce n’était qu’un garde qui venait prendre son tour, ou la battre, ou lui lancer sa gamelle avant de claquer la porte. Et cette lueur d’espoir qu’elle n’arrivait pas à taire lui déchirait toujours le cœur.

 Même quand la prisonnière voulait simplement se laisser mourir, son subconscient lui désobéissait. Elle maudissait cet instinct de survie qui prolongeait son calvaire. Elle pleurait en silence sa dignité et son honneur perdus plus qu’elle ne pleurait sous la douleur. Les coups avaient été difficiles à subir, au début mais ce n’était rien à côté de ce sentiment de honte, qui la prenait aux tripes et qui ne la quittait pas. Ses proches lui revenaient en mémoire. Leurs expressions choquées, haineuses, déçues pour certains. Elle se souvenait de leurs murmures, comme des dizaines d’aiguilles plantées dans son dos.

“Meutrière”. “Traîtresse”. “Monstre”.

 La Canthienne avait pourtant essayé de se défendre, de s’expliquer. Mais personne n’a voulu l’écouter. C’était à peine si elle avait eu le temps de prendre la parole, qu’elle était déjà enfermée et attachée. Trahie. Et si il y avait bien une chose que la jeune femme supportait très mal, c’était la trahison. Elle pensait pourtant que si il y avait quelqu’un digne de confiance dans ce monde, ce devait être sa famille. Son sang. Les gens qui l’avaient élevé. Mais au final, il fallait croire que les liens sentimentaux ne comptent pas vraiment. Elle les aimait et là fût sa faiblesse. Elle les aimait trop pour s’en méfier. La leçon, aussi amère qu’elle soit, a été retenue et si, par pur miracle, elle survivait à cette histoire, elle l’appliquerait à la lettre.

Mais encore fallait-il survivre. Les crampes, pourtant banales, étaient les plus difficiles à supporter. Ses bras tendus en permanence tremblaient sous l’effort et ses jambes avaient abandonné depuis longtemps. Elle se retrouvait ainsi pendue par les bras, les fers tailladant ses poignets déjà à vifs. Les crampes restaient et perduraient, là où les coups et les bleus n’étaient qu’une douleur passagère. Violente, soit, mais passagère. Sa peau, d’ordinaire blanche et immaculée, étaient parcourues de marques rouges et violettes. Les hématomes fleurissaient sur son dos, lui donnant un camaïeu de bleu et de mauve. Les coups les plus violents avaient laissé de longs traits rouges sur ses omoplates, qui avaient commencé à enfler.
Des bruits de pas résonnèrent dans le couloir et la Canthienne releva la tête. Encore déçue, elle serra les dents en reconnaissant son tortionnaire, qui enfilait déjà ses gants.

Le bourreau quitta la cellule soulagé. La prisonnière, quant à elle, n’avait pas bougé, la lèvre enflée et les cheveux gouttant d’urine. Durant cette session d’humiliation, la Canthienne n’avait pas bougé d’un pouce, elle n’avait pas réagi. Elle ne leur donnerait pas le plaisir d’entendre ses pleurs même si, à ce moment précis, c’était la seule chose qu’elle pouvait encore faire. Elle ne voulait plus la liberté ou la clémence. Elle voulait disparaître, d’une manière ou d’une autre, peu importe. La perte de sa dignité, presque aussi douloureuse que la perte de son frère, lui nouait la gorge et lui tiraillait les entrailles. Ses membres tremblaient, aussi bien sous la fatigue qu’à cause de son état lamentable.

La colère sourde qui l’avait accompagné tout au long de sa vie, mais qu’elle avait réussi à dissimuler aux yeux de tous, grondait au fond de son coeur. Comme un serpent immobile, fixant sa proie. Mais cette colère grondait de plus en plus fort, le serpent se muant en dragon colérique au fil des heures. Comment osaient-ils ? Après tout ce qu’elle avait fait pour eux ? Elle était un membre important de la famille. Et leur principale source de revenus en ce moment même. Mais au lieu de recevoir des félicitations, elle n’avait eu que mépris et humiliation. Elle qui était prête à mourir pour eux, la Canthienne sentait quelque chose changer en son coeur. Sa loyauté sans faille à ses proches, qui subsistait encore malgré les mauvais traitements, s’étiolait petit à petit. La seule loyauté qu’il lui restait allait à son frère, qui devait maintenant être dans les Brumes. Ou peut-être pas ? Ne pas savoir faisait partie des douleurs à endurer.

Il lui manquait. Il était le seul à véritablement la connaître. À l’avoir vu au plus bas comme au plus haut. Et malgré son goût pour la solitude, la Canthienne aimait avoir quelqu’un avec qui elle n’avait rien à cacher. Avec les autres, elle gardait toujours un voile sur ses pensées, inconsciemment. Un réflexe qu’on lui avait appris depuis longtemps. Avec son frère, elle n’avait rien à cacher et lui non plus. Deux parties d’une même âme, selon certains. Ou juste cette union si spéciale qui n’existe qu’entre jumeaux.

Il lui manquait. Sa voix lui manquait. Ici, perdue au fond de sa cellule, la seule compagnie qu’elle avait était le bruit régulier d’une goutte tombant du plafond. Elle s’était amusée à compter, au début de sa captivité. Et même si l’activité était loin d’être passionante, elle avait continué. Malgré les coups, malgré les beuglements de ses bourreaux, elle comptait chacun des “ploc” qui faisaient écho dans sa geôle. 3785 à ce moment précis. 3786. 3787. Elle se rendait bien compte que c’était absurde. Il n’y avait pas d’échéance, pas de limite à sa captivité. Selon eux, elle allait rester là pour l’éternité. Ou jusqu’à ce qu’elle meure de causes diverses. De toute manière, la jeune femme savait pertinemment qu’on ne viendrait pas la chercher. Les princes charmants prêts à délivrer les demoiselles en détresse n’existaient que dans les contes de fées. Et elle n’était pas une demoiselle en détresse.

Elle n’avait jamais eu besoin de personne. Elle avait appris à se débrouiller seule, surtout pour n’avoir de comptes à rendre à personne. Moins de personnes impliquées veut dire moins d’erreurs possibles. Moins de personnes impliquées signifie aussi plus de contrôle sur l’opération. Et le contrôle, la Canthienne cherchait à l’avoir en permanence, en vain. Les rares fois où la jeune femme pensait qu’elle avait la situation en main, quelque chose lui échappait. Toujours, ses plans tombaient à l’eau. L’adaptation n’était pas son fort et il lui était difficile de reconnaître que les choses n’allaient jamais comme prévu mais c’était une chose qu’elle apprendrait. Si jamais elle sortait d’ici. Ses yeux se fermèrent, l’espace de quelques secondes.
Une goutte tomba sur le haut de son crâne, la tirant de son sommeil sans rêves. Elle entendait le bruit des bottes dans le couloir. Serait-ce encore une nouvelle session de torture ? se demandait-elle. combien de temps s’était-elle assoupie ? La porte s’ouvrit, une main apparût et lui jeta sa gamelle aux pieds avant de repartir. Encore enchaînée par les bras, la prisonnière n’avait aucune chance d’attrapper l’assiette. Encore un repas qu’elle dévorera des yeux seulement, il semblerait. Mais la porte s’ouvrit à nouveau, laissant passer le garde qui s’était soulagé sur elle tout à l’heure. Un sourire mauvais collé sur ses lèvres sèches, son regard vicieux passait de la gamelle à la jeune femme, tour à tour. Puis, il se pencha, attrappa le repas de la Canthienne et le lui renversa sur la tête avec violence. L’espèce de purée pré-mâchée dégoulina sur les cheveux noirs de la traîtresse, qui reçut le coup sans broncher. Déçu, le garde retourna à son poste en grommelant, claquant la porte derrière lui. La jeune femme, quant à elle, était ravie de pouvoir enfin manger. Attrappant ses cheveux du bout des lèvres, elle dût récupérer ce qu’il restait de son repas dans sa chevelure avec sa langue. Au moins ne mourra-t-elle pas de faim aujourd’hui.

Plus ou moins rassasiée, elle pût retourner à ses occupations. Compter les gouttes, encore et encore. Le côté traumatisant de son séjour dans les geôles était toujours présent, mais moindre. Le choc de la trahison commençait à lui passer. Elle commençait à accepter le fait qu’elle avait perdu toute structure à sa vie, le pilier sur lequel elle pouvait se reposer venait de s’effondrer sous ses pieds, l’entraînant dans sa chute. Elle ne savait pas si elle avait réussi à s’accrocher à une prise métaphorique, à rester au dessus du vide. Elle ne savait pas où elle en était. Au fond de sa cellule, elle commençait à perdre le sens de la réalité. Au début, ce ne sont que de légers doutes. Mais plus tard, bien plus tard, elle savait pertinemment qu’elle ne saurait plus distinguer le réel de l’iréel.

Elle laissa ses paupières se fermer. Elle ne sentait plus ses bras ni ses jambes. Les cheveux qu’elle avait dû prendre dans sa bouche avaient un goût d’avoine mélangée à de la sueur et de l’urine. Elle se sentait sale et couverte de bleus. Elle tenta de s’assoupir, en vain. Les grondements de son estomac, couplés aux couinements du rat qui venait profiter de son repas gâché la tenaient éveillée. Elle fixa l’animal, l’étudiant. Elle regardait ses moustaches frémir en sentant la purée. L’animal hésita quelques instants, se demandant si cette chose qui sentait si fort était vraiment comestible. Mais le rat était famélique, tout comme sa compagne de cellule. Il prit un peu de purée. Puis un peu plus et bientôt, il se gavait du repas de la prisonnière, ne laissant pas une trace au sol. Voilà un rat qui finissait bien faire les choses et qui nettoyait derrière lui. Un rat bien éduqué. Ou simplement un rat désespéré, qui ne laisse pas passer d’opportunité.

“Comme moi” mumura-t-elle tout bas, sa voix pas plus forte qu’un souffle. Sa gorge lui paraissait sèche et sa bouche pâteuse. Elle n’avait pas prononcé un mot depuis son arrivée mais il semblerait que sa langue commence à se délier. C’était sans doute ce qu’ils espéraient tous. Qu’elle avoue son crime pour être exécutée plus vite. Mais il en était hors de question. Elle était innocente et n’avait donc rien d’autre à dire que de parler à un nuisible. Ou parler au rat. Elle se mit à imaginer le garde dans le corps d’un rat, en armure et avec son épée à la hanche. Il serait ridicule mais pas si différent de sa version humaine, au final.

Elle sentait ses paupières se fermer de nouveau, sa tête dodelinant en avant. Le sommeil venait enfin. Elle allait s’assoupir quand elle entendit à nouveau des pas dans le couloir. Vifs. Rapides. Sûrs. Ils n’appartenaient pas aux gardes habituels. Elle leva les yeux vers la porte où elle entendit un bruit de chute. Mais elle sombra dans les ténèbres quand sa cellule s’ouvrit, laissant passer une silhouette qui ne lui était pas étrangère...







Voilà quelques mois que je me suis installée dans une auberge de l’Arche du Lion et je regrette amèrement ma décision. Cette ville est en perpétuel mouvement, elle ne dort jamais. Et moi non plus. Entre coups de feu, hurlements d’ivrognes et ébats amoureux au bas de la fenêtre, personne ne ferme jamais l’oeil ici. Je commence à regretter les nuits fraîches et calmes du Promontoire Divin, ou ces crépuscules à Garrenhoff, où la silhouette du château volant se découpait du ciel rosé. Cette ville me manque. Mais y retourner serait signer mon arrêt de mort et j’ai encore trop à faire pour disparaître pour de bon.
En effet, trouver un endroit où installer une apothicairerie à l’Arche n’est pas une mince affaire. Les rares bâtiments qui ont encore un toit sont rares et chers. Aussi, je m’occupe comme je peux. Je me surprend même à être assez “généreuse”. J’ai sauvé un homme de la mort, j’aide un autre à échapper à la potence, je signale des bombes aux Séraphins. Bien sûr, je ne fais pas ça par bonté de coeur. Quand on se retrouve seule, à défaut de trouver des amis -un talent que je ne maîtrise absolument pas- il faut trouver des alliés. Ou du moins des personnes ayant une dette envers vous. L’ennui,  c’est que c’est un pari risqué. Vous faites  un geste, parfois au péril de votre vie mais rien ne vous assure que l’autre règlera sa dette. Voire pire, rien ne l’empêcherait de vous poignarder dans le dos une fois le service accompli.
Car l’honneur, même si c’est une qualité que j’apprécie, reste tellement facile à feindre. Mais d’un certain côté, je peux comprendre le raisonnement derrière. En combat, le but est de s’en sortir vivant, quitte à tuer l’autre pour assurer sa propre sécurité. Or, laisser un ennemi potentiel vivant par “honneur” est d’une idiotie sans nom. Lui donner un couteau et lui montrer son dos aurait le même résultat. Mais il est fatiguant de se méfier de tous, de toujours envisager les pires scénarii, de vivre dans la peur qu’on découvre mes secrets. La seule qui les connaisse met ma confiance à rude épreuve. Elle a été des plus fiables par le passé mais l’est-elle toujours ? Peut-être qu’un jour elle changera d’avis et me jettera aux loups ? Ou peut-être est-ce, au fond, la seule personne en qui je peux avoir totalement confiance ? Cette femme reste un mystère pour moi, même si, à force de subir ses accès d’”humour”, je finirais par trouver une parade.
Extrait d'un vieux journal


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MessageSujet: Re: The Compendium   Mar 3 Fév - 13:23


Assise dans sa bassine poussiéreuse, la Canthienne frottait sa peau avec son gant en crin, encore et encore, sans relâche. Le regard perdu dans le vide, le gant laissait des marques rouges sur son corps qui commençaient à enfler sous le mauvais traitement. Le fond d’eau dans lequel elle baignait était froid depuis longtemps mais elle ne semblait pas s’en préoccuper, marmonnant tout bas dans le silence de la pièce.

“Sale. Sale. Encore sale. Il faut frotter plus, que je sois propre à nouveau. Sale, sale…” murmurait-elle à elle-même. Des images, des sensations se bousculaient dans son esprit, aucune bienvenues mais qui ressurgissaient par un coup du sort. Les Dieux étaient bien cruels. Un souvenir s’imposa devant ses yeux, et elle se rappela de son regard, son ton, ses mains… Elle redressa vivement la tête, inspirant par le nez et serra les mâchoires pour ne pas vomir. Elle pouvait sentir la bile au fond de sa gorge remonter, son estomac se rebellant contre ses sensations désagréables. Il lui fallut une bonne minute pour que le haut-le-coeur cesse et elle frotta à nouveau sa peau. Elle pouvait encore le sentir sur elle, même des mois après. Il l’avait humilié sans pour autant complètement la briser. Elle se demanda un instant dans quel état elle aurait été si il avait été jusqu’au bout, si elle n’en avait pas fini avant. La pensée, même fugace, la fit frissonner. Elle ne préfèrait pas y penser.

Tout ceci parce qu’elle avait vu le cadavre de Jacky. Ce Séraphin au nom ridicule qui avait lui aussi tenté sa chance. Un petit vicieux qui usait de son authorité pour…”protéger” les jeunes femmes qui venaient à lui. Elle avait eu de la chance. Elle avait utilisé sa dernière dose de sédatif sur lui avant de s’enfuir. Aggression sur Séraphin était moins grave que meurtre, s’était-elle dit. Surtout que si elle lui avait planté son surin dans la gorge, elle n’aurait pas fait long feu. Il l’avait traîné jusqu’au quartier des Séraphins, dans son bureau. Combien d’autres ont dû passer par là? Combien d’autres, plus fragiles qu’elle, avaient dû céder et se taire?

Mais maintenant, il était mort. La jeune femme avait dû se retenir de sautiller en sortant de la morgue. Il lui manquait un oeil, elle avait failli croire que, d’après les rumeurs, il s’agisse de Mr Hawk. Mais la vérité était tellement plus agréable. Un monstre de moins en Tyrie, avait-elle pensé à ce moment là. “Il ne pourra plus me faire de mal”. Et pourtant.

Assise dans sa bassine poussiéreuse, la Canthienne frottait sa peau avec son gant en crin, encore et encore, sans relâche. Voir son cadavre avait ravivé tous ces souvenirs qu’elle avait enfoui. Souvenirs qui hantaient ses cauchemards et qui la rendait malade. Aussi avait-elle décidé de ne plus dormir, se retrouvant parfois affalée sur son bureau, trop épuisée pour se lever et se traîner vers son lit. Mais même dans ce sommeil là, censé être réparateur, elle les revoyait. Elle revoyait leur sourire, la lueur sadique dans leurs yeux. Les ordres qu’il lui avait donné, la traitant comme une chose. Sa gifle quand elle n’y mettait pas assez de coeur à l’ouvrage. Sa bouche sur la sienne, dévorante, effrayante, lui redonnait la nausée rien qu’en l’évoquant. Elle avait envisagé de prendre son essence de valériane, qu’elle gardait chez elle, pour mieux dormir. Infusée de magie, elle était efficace. Mais addictive. Et perdre son contrôle sur soi n’était pas une option. Jamais. Et c’était là une des rares choses qu’elle refuserait toujours de perdre.

La peau à vif, elle se leva lentement de sa bassine et se dirigea vers son lit, laissant le gant rouge sur le rebord. S’emmitouflant dans les couvertures, elle essayait de penser à autre chose, en vain.

Elle lâcha un sanglot qui semblait résonner dans la maison vide.


Dernière édition par Norwen le Jeu 5 Fév - 12:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: The Compendium   Jeu 5 Fév - 12:20



“Je n’ai jamais pleuré ma mère, quand on y pense”. Elle s’entendait parler, la même phrase qu’elle avait dit à son amie. Pourquoi? Elle n’avait pas pensé à sa mère depuis longtemps. Elle se corrigea, parlant au mur:
“Je ne suis plus la même personne maintenant, je dois m’en souvenir. Je dois oublier cette autre moi qui n’existe plus.”
Mais son inconscient s’accrochait à ces souvenirs, comme à une bouée au milieu d’une tempête et la maintenait éveillée, penchée sur un vieux livre qu’elle avait déniché dans une des caisses abandonnées de sa bicoque. La flamme de la bougie vacillait doucement dans la pénombre, en fin de vie, tandis que ses lourdes paupières se fermaient d’elle-même. Sans qu’elle ne s’en rende compte, elle se retrouva affalée sur le bureau, les bras repliés sur le livre pour soutenir sa tête.


Il faisait noir et il n’y avait rien autour d’elle. Elle ne voyait ni ne sentait le sol sous ses pieds et c’est à peine si elle pouvait regarder ses propres mains. Le vide et le silence l’entouraient mais ce n’était pas si inquiétant que ça. La jeune femme aimait le silence. Puis une unique voix, grinçante se mit à résonner autour d’elle. Ou était-ce dans sa tête? Cette voix semblait chanter, comme une lamentation d’outre tombe, chantant au rythme de son coeur. Elle entendait son sang battre dans ses oreilles, son coeur battant la chamade. La mélodie semblait si… triste. Et un même temps sauvage. Elle y reconnût des paroles Canthiennes mais n’arrivait pas à reconnaître l’air. Elle avait l’impression que cette voix sans corps tournait et virevoltait autour d’elle, la tourmentant de son chant lugubre. Elle ne bougea pas, de peur que cela s’empire et soudain le noir se leva.

Elle était dans une pièce éclairée par une multitude de bougies rouges. Des gens en blanc la fixaient, l’air grave, entourant un cercueil. Leurs regards durs la transperçaient et elle se sentait nue sous leurs yeux. Tandis que la Canthienne baissa la tête pour regarder le cercueil ouvert, elle y vit sa mère. Sa peau plus blanche que la neige avait perdu toute trace de vie. Elle avait été préparée, maquillée tout comme elle le faisait de son vivant. Ses sourcils clairs à jamais froncés, ses yeux maquillés de noir à jamais fermés et ses lèvres d’un rouge sombre à jamais pincées. La mort semblait l’ennuyer plus qu’autre chose et la jeune femme y reconnût sa génitrice. Dure et jamais satisfaite, rien n’était parfait pour elle. Mais, par chance, sa mère s’occupait davantage de ses deux frères et elle n’avait pas à subir ses critiques incessantes. La Canthienne avait toujours été l’ombre de son jumeau. Présente et absente en même temps. Importante mais pas essentielle. Un accessoire. Et ce rôle, elle l’avait accepté de bon coeur. C’était sa place, sa fonction.

Elle n’avait pas réagi quand on lui avait appris sa mort. Et elle n’avait jamais insisté pour la voir. Elle avait autre chose à l’esprit ce jour là. Elle pouvait encore sentir les chaînes à ses poignets mordre sa chair. Elle releva les yeux et reconnût ceux qui l’avaient désigné comme ennemie.

“Meutrière”. “Traîtresse”. “Monstre”.

Elle soutint leurs regards accusateurs sans rien dire. Elle savait parfaitement que c’était inutile, de toute manière. Elle leur avait déjà dit tout ce qu’elle pouvait pour s’innocenter et ils n’en avaient cure. Ils avaient trouvé leur bouc émissaire et elle allait payer pour le crime d’un autre. Elle retint un rire amer, reconnaissant ses propres réflexes, qu’on lui avait inculqués. Toujours trouver quelqu’un pour encaisser la chute. Et voir la technique retournée contre elle était comme une mauvaise plaisanterie. On riait de l’ironie de la chose mais c’était comme recevoir une lame en plein coeur. Ou entre les omoplates pour ce cas-ci.

Son regard revint se poser sur le corps de sa mère. Elle avait le droit de la voir maintenant et la voici devant elle. Et elle ne trouvait rien à dire. Selon la tradition, c’était aux enfants de faire les hommages du parent défunt. Mais elle était loin d’être la mieux placée. Ses deux frères auraient pu s’en charger bien avant. Mais elle se retrouvait seule, face à face avec sa mère et restait muette. Elle fronça les sourcils en voyant sa mère entrouvrir les yeux pour la fixer en silence. Le même regard froid qu’elle avait toujours reçu, vide de l’amertume qu’elle réservait d’ordinaire à son mari ou de l’amour avec lequel elle regardait ses fils. Elle la fixait comme un joueur d’échec regardait ses pions. Ou comme un amateur d’art regardait un vase de sa collection.

La Canthienne avait marché dans ses traces depuis toute petite, apprenant à manier la magie nécromantique et adoptant son goût pour l’alchimie et la botanique. Elle avait été élevée, formée à ressembler à sa mère, allant jusqu’à mimer son caractère froid et détaché. Et ce rôle, elle l’avait endossé avec fierté. C’était sa place, sa fonction. Elle l’admirait de loin, cachée derrière son jumeau. Elle admirait son autorité, la crainte qu’elle inspirait chez les autres, le contrôle qu’elle gardait sur chacun en toutes circonstances. Elle était un modèle pour elle et, même si elle n’était pas tendre, elle ne l’avait jamais maltraité. Elle l’éduquait de loin en lui montrant l’exemple à suivre. Et sa fille l’aimait pour cela.
La jeune femme releva un peu la tête. L’avait-elle vraiment aimé? Ou n’était-ce qu’un réflexe d’enfant? De l’admiration poussée à ses limites? Elle n’en savait rien, trop perdue dans le tumulte de questions dans son esprit. Mais quelque chose en elle la poussait à parler, la poussait à lui dire à quel point elle  l’estimait. Sa mère semblait l’attendre, les yeux toujours rivés sur elle, les mains croisées sur son abdomen.
La Canthienne ouvrit la bouche timidement mais le son de sa voix ne se fit jamais entendre. Elle articulait mais rien ne se passait. Elle pouvait sentir des chaînes à ses poignets la tirer en arrière, la ramener vers l’obscurité. Cette envie de parler se mût en besoin, aussi essentiel que respirer. Elle essaya de crier, de hurler pour faire sortir sa voix de sa gorge, en vain. Peu importe ses efforts, peu importe sa débâcle, elle restait désespéremment silencieuse. La pièce rouge et les gens en blanc s’éloignaient petit à petit et la jeune femme pouvait encore sentir le regard de sa mère sur elle. Accusateur. Dur. Elle l’avait déçue. Le noir reprenait peu à peu sa place tandis qu’elle se débattait encore. Elle devait lui dire. Elle devait lui faire comprendre ce qu’elle sentait. Finalement, la lumière des bougies disparût et le silence revient s’installer autour d’elle. Le blocage qui l’avait empêché de parler à ce moment là se leva et elle s’effondra en poussant un cri rauque, empreint de douleur et de culpabilité. Elle ne contrôlait plus rien. Elle se sentit tomber dans le vide, encore et encore, l’apesanteur menaçant d’arracher le coeur de sa poitrine. Et son corps se fracassa contre le sol.

Elle se releva d’un bond et regarda autour d’elle. Elle était à nouveau dans sa masure, la bougie ayant rendu l’âme. Les rayons de la lune éclairaient la pièce faiblement tandis que la jeune femme se frotta le visage pour se débarasser de sa vision. Ses joues étaient humides et ses yeux et gonflés. La respiration tremblante, elle se cala sur sa chaise, sa main couvrant sa bouche tandis qu’elle fixait la fenêtre.

La nuit allait être longue.

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MessageSujet: Re: The Compendium   Dim 15 Mar - 20:05



Le soleil dans le ciel s’est évanoui
Qui saura nous guider dans la nuit?
Meurtrière est la guerre qui trahit tous nos serments
Sanguinaire le feu de la fin des temps

Je sens le vent fouetter mon visage, assise sur ce rocher au dessus de tout. Je sens mes cheveux partir dans tous les sens, libres. Je suis libre. Quand j’ouvre les yeux, je vois l’étendue de la Tyrie, ses plaines, ses montagnes, ses gorges. Ses rivières et ses mers. Ses grottes et ses ruines. Je peux aller où je veux et pourtant, je reste ici. J’ai traversé une bonne partie du continent pour arriver là où je suis, sans regarder en arrière. Mon esprit voguait et mon corps a suivi le mouvement, comme guidé par une force supérieure. “Etait-ce l’oeuvre des Dieux?” me demandais-je en levant les yeux vers le ciel. “Ou me suis-je simplement laissé guider par mon instinct, fuyant le monde entier?”

Je me sentais sourire. Fuir était décidément un de mes points forts. J’ai fui mes responsabilités, j’ai fui ma famille, l’homme que j’aime, mes amis et alliés. J’ai fui jusqu’au confins de la Tyrie, là où ils ne penseront pas me trouver. Là où nul ne pensera me chercher. Malgré le danger qui m’entoure, je me sens sauve, en sécurité. Je me suis installée ici, je me suis protégée des éléments, de la faune… et de la flore, si on peut l’appeler ainsi ici. Je suis telle la roche sur laquelle je suis assise. Imbriqué dans le paysage et immobile.

Pourtant, je n’ai pas pu empêcher mon coeur de se serrer lorsque j’ai vu cette armée avancer. Où que j’aille, le conflit suivait et la mort aussi. J’ai été témoin du trépas de toutes ces âmes, tombés dans la canopée et plus bas vers l’Outremonde. Ils n’avaient pas eu une chance. Tous étaient tombés à peine arrivés au-dessus de la jungle. Je devais rester comme la pierre. Muette, impassible. Je fais partie du paysage et pourtant… Pourtant mon coeur se serre à l’idée de toutes ces vies gâchées. Mais j’ai déjà donné. Je ne veux plus faire face au désespoir, à un ennemi plus fort que soi que rien ne peut toucher.

Je suis l’élue
J’ai traversé l’inconnu
Je suis l’élue
Et j’ai survécu

Je ne souviens même pas de mon voyage jusqu’ici. Je me rappelle de la neige, du froid mordant, si mordant qu’il en brûlait. Je me souviens de cette grotte où Rhéa m’avait traîné après m’être fait emporter par ces morts-vivants. Rhéa, si froide et rigide quand j’essayais de la réveiller, restait immobile contre moi. Encore une mort dont je suis responsable. Si je m’étais débattue, si je n’étais jamais allé dans ce foutu village Kodan, si je ne m’étais jamais intéressée à ces histoires de clés…
Mes yeux me piquaient après avoir fixé le ciel trop longtemps. Le soleil m’arracha quelques larmes que je sentais courir sur mes joues sèches. J’avais pleuré seule dans la neige, traînant Rhéa avec moi. Je devais m’en aller, loin de tout, loin d’eux. Je pensais pouvoir fuir la peine et la culpabilité mais j’avais tort. Comme une ombre, elle sont restées à mes côtés tout le long du voyage. Pendant ma longue marche dans la montagne, pendant que j’enterrais Rhéa et pendant le long chemin du retour. Je restais seule, parlant tout haut comme je le fais en ce moment, m’évitant ainsi de perdre la boule.

Je suis encore vivante, grâce à Rhéa. Je marche, je cours, je chante encore grâce à Rhéa. Et son sacrifice ne sera pas vain.

J’ai vaincu la douleur
J’ai bravé la peur
J’ai lutté pour voir de l’autre côté

Car même si m’apitoyer sur mon sort est une de mes activités favorites, je suis et reste une survivante. J’ai survécu à des centaures, j’ai survécu à la destruction de l’Arche du Lion, j’ai survécu à un labo asura, j’ai survécu à une abomination qui jouait avec les morts. Je ne dirais pas que j’ai “tout vu, tout fait” mais je ne suis plus la jeune femme naïve et peureuse d’avant. On m’a arraché un bras avec la mort de ma panthère mais je suis encore debout. La douleur fait partie du quotidien et, quitte à vivre recluse pour le restant de ma vie, je ne vais pas laisser la douleur me terrasser.
Me suicider n’a jamais été une option pour moi. Malgré les légendes et les contes où le héros se sacrifie par douleur ou pour protéger les siens, j’ai trop peur de la mort pour franchir le pas. Certains verraient ça comme de l’égoïsme. Et je le suis, sans m’en cacher. Je suis aussi égoïste que le commun des mortels, aussi égoïste que les animaux qui pensent à leur survie avant celle des autres. Je veux vivre parce que j’ai peur de la mort et que j’ai trop de choses laissé en plan. Choses que j’ai fui, au final.

Merde. Je tourne en rond. Trop penser me donne mal à la tête et terriblement soif. Je devrais éviter de rester sous le soleil trop longtemps. Je devenais revenir sur terre et m’occuper de mes affaires. Survivre au milieu de rien. Est-ce que je vais manger aujourd’hui? Me reste-t- il encore de l’eau?

Je suis l’élue
J’ai traversé l’inconnu
Je suis l’élue
Et j’ai survécu


Texte en italique tiré de Dragon Age : Inquisition "Je suis l'élu"


Dernière édition par Norwen le Lun 23 Mar - 18:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: The Compendium   Dim 22 Mar - 21:32



Aventuriers
Qu'avez vous fait?
Les cavaliers sont enfin libérés

Famine et Guerre
Mort et Misère
De cendres ils recouvreront toutes nos terres

Amis ennemis
Tous vont périr
Amis ennemis
De la tombe revenir

Nous prions nos Dieux
Qui restent bien silencieux
Aventuriers
Nos jours sont comptés

Pourrez-vous ignorer
Vos peurs et votre haine
Pour enfin tous les renvoyer
D'où ils viennent

Aventuriers
Ayez pitié
Les cavaliers sont enfin libérés

Famine et Guerre
Mort et Misère
Seront vaincus par les héros de notre ère

Amis ennemis
Certains vont mourir
Amis ennemis
Vers les Brumes repartir

Une lueur d'espoir
Brille doucement dans le noir
Aventuriers
Viendrez vous nous sauver?

Pourrez vous ignorer
Vos pleurs et votre peine
Pour enfin tous les renvoyer
D'où ils viennent

Adeline Vasilis, barde et vagabonde
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The Compendium

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